Transformation

Comment coller aux réalités des pays ? Le point de vue local de la Directrice RH Espagne de L’Oréal


Capital humain
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Judith Ruiz de Esquide dirige les ressources humaines de L’Oréal Espagne. Depuis 2013, avec son équipe, elle a  la responsabilité de dérouler dans son pays le programme Share & Care visant à uniformiser la protection sociale des salariés de L’Oréal à l’échelle mondiale. Après la mise en place de ce qui constitue le socle commun, les « must-have », l’équipe RH a dessiné, en associant les cadres dirigeants de la filiale et le comité pays,  un plan de route pour les étapes supplémentaires, les « nice-to-have », qui devront être effectives fin 2016. A l’approche du bilan, la DRH revient sur la stratégie L’Oréal et ses trois grands volets espagnols.

Share & Care : « Etait-ce un slogan ou une réalité ? »

A l’annonce du programme Share & Care, la filiale espagnole convoque une réunion de dirigeants pour réfléchir aux implications locales de ce qui s’est dit à l’échelle Groupe. Judith Ruiz de Esquide se souvient de la question qui trottait alors dans l’esprit des top managers : « avons-nous réellement l’appui de nos leaders sur ce sujet, est-ce une réalité ? ». Elle se souvient aussi de la question sous-jacente : allons-nous devoir renoncer à des avantages aujourd’hui existants pour mettre en place Share & Care ? Pour elle, le point clé a donc été l’acceptation par le Groupe du budget nécessaire à l’accomplissement des objectifs Share & Care à l’horizon 2015/2016 : « nous avons vraiment compris qu’il s’agissait d’un projet d’entreprise sur lequel nous disposions d’un pouvoir stratégique ». Le plus difficile restait à faire pour la Directrice des Ressources Humaines : mettre en œuvre le programme qu’elle avait imaginé avec l’équipe RH et le  management pays.

« Le programme a reçu un bon accueil sur le marché espagnol »

Share & Care est un programme à deux volets. Les deux premières années de son déroulement, les équipes pays ont dû mettre en place les must have, un socle commun en matière de protection sociale. Sur le marché espagnol, l’accueil a été bon. Rien d’étonnant alors pour Judith Ruiz de Esquide puisqu’elle sait que le marché espagnol, si on le compare avec les 68 pays dans lesquels le Groupe est présent, n’est pas l’un des moins avantagés sur ces questions sociales. « Plusieurs des must-have faisaient déjà partie de la législation du pays, comme le congé maternité ou la prévention. Le véritable changement pour la DRH a concerné trois chantiers : l’extension de l’assurance vie dont bénéficient les salariés à hauteur de 24 mois, l’établissement d’un programme d’accueil pour les jeunes mamans et la mise en place d’une formation sur la gestion du stress.

Pour la DRH Espagne c’est certain, « les entreprises ont un rôle à jouer dans la société ». C’est là qu’est intervenu la deuxième salve de mesures, plus audacieuses pour un pays où la protection minimale était déjà établie,  celle des nice-to-have.

« Chaque pays était en charge d’adapter le programme à ses spécificités locale

Il a fallu coller à la réalité du pays, tout en se montrant inventif. L’équipe locale, réunissant top managers, middle-management et partenaires sociaux, devait déterminer des propositions de nice-to-have en accord avec les besoins spécifiques du pays. En effet, sur les nice-to-have, peu ou pas de directives mais un objectif : proposer au Groupe un plan de route pertinent dans chaque pays : «  la question était de savoir comment profiter de cette liberté et ce que l’on mettrait dans le programme Share & Care Espagne ».

Judith Ruiz de Esquide souhaitait nourrir avec le programme Share & Care deux des trois objectifs business de sa feuille de route RH pays, talents et culture de travail, tout en ancrant l’organisation dans les problématiques locales.

– Attirer et fidéliser les talents

La DRH souhaite profiter du programme pour attirer et retenir les talents, un enjeu essentiel de sa fonction. En effet, selon elle, les candidats ne cherchent plus nécessairement à occuper des postes à hauts revenus mais placent en priorité le fait d’être en accord avec les valeurs de l’entreprise et l’accès à une meilleure qualité de vie. Et ça marche. La preuve dans la presse, où les classements affichent L’Oréal comme 2eme « Best Place to Work» en Espagne, l’entreprise ayant effectué une remontée vertigineuse depuis la 30ème place en deux ans : « le programme Share & Care a été d’une grande aide pour cela ».

– Améliorer la culture de travail

Parmi les objectifs de la DRH, le bien-être des salariés : « nous avons créé un panel d’activités bien-être comme l’installation de  douches pour que les employés puissent faire du sport ou venir en vélo, mais aussi l’organisation de séminaires santé, de checkups dentaires, de vue ou de peau, ainsi que la mise à disposition d’un médecin et d’un ostéopathe au bureau ! ». Pour améliorer l’équilibre vie privée-vie professionnelle des salariés de L’Oréal Espagne, la DRH a également pensé une organisation du travail plus flexible, favorisant l’autonomie : « nous avons modernisé les outils de travail. Nous voulons proposer des modes de travail plus modernes, flexibles et collaboratifs et sommes en train de travailler sur un nouveau mode de rémunération individualisé ».

– Coller aux réalités du marché espagnol

Pour la DRH Espagne, ces nice-to-have devaient nourrir les objectifs business tout en s’adaptant aux enjeux propres au pays : « nous avons voulu que le programme ait une résonnance avec les problématiques du pays ». Parmi les problématiques évidentes pour Judith Ruiz de Esquide, l’emploi. L’équipe des ressources humaines consacre désormais une journée par mois à améliorer l’employabilité des personnes au chômage membres des familles des salariés de L’Oréal. Plusieurs modules ont été mis en place pour savoir notamment rédiger un CV, gérer les réseaux sociaux, faire un bilan de compétence ou encore se lancer dans l’entrepreneuriat. Autre problématique propre à l’Espagne, sa population vieillissante. Judith Ruiz de Esquide a décidé de mettre en place des partenariats avec des maisons de retraite pour ses salariés ayant des personnes âgées à charge. « Nous cherchons en permanence de nouveaux projets dans le cadre de Share & Care pour améliorer la qualité de la vie privée et de la vie au travail de nos salariés. »

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