Stratégie

For Women In Science : la fabrique à « modèles » scientifiques


Fondation
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Directeur Mécénat & Fondation axe science chez L’Oréal, David Macdonald soutient l’objectif de la Fondation : offrir aux scientifiques à venir une nouvelle génération de « role models » au féminin grâce au programme For Women In Science.

 

Pourquoi la science a plus que jamais besoin des femmes ?

 

« Seulement 30% des chercheurs sont des femmes »

Nous entendons souvent que le monde scientifique manque de femmes. Mais croire qu’il s’agit d’une question de « genre » serait une erreur, que rectifie immédiatement David Macdonald. Il nous renvoie aux mots d’Isabel Marey-Semper, Directrice Générale de la Fondation L’Oréal : « la science fait partie intégrante de l’avenir et doit mobiliser tous les talents, qu’ils soient hommes ou femmes et le programme L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science a pour ambition de mettre au service de la recherche, toutes disciplines confondues, l’intelligence, la créativité et la passion de celles qui représentent la moitié de la planète ».

Le constat est sans appel. Selon l’UNESCO, si les femmes occupent près de la moitié des bancs des universités dans les disciplines scientifiques, elles ne sont plus que 28% à poursuivre au-delà du grade master avec un doctorat ou un post-doctorat. Logiquement, seulement 3% des prix Nobel scientifiques ont été attribués à des femmes. C’est ce que David Macdonald appelle « le plafond de verre ».

Comment l’expliquer ? Selon David Macdonald, « l’opinion publique n’a pas conscience de la force avec laquelle les préjugés sont encore ancrés dans les perceptions ». Pour 67% du panel européen, femmes et hommes compris, interrogé par l’enquête réalisée par la Fondation en collaboration avec Opinion Way, les femmes n’ont en effet « pas les capacités requises pour accéder à des postes scientifiques de haut niveau ». « Elles manqueraient de persévérance, d’esprit rationnel, d’esprit pratique, de rigueur, d’esprit scientifique et d’esprit analytique ». Ce même panel sous-estime largement le problème de la représentation des femmes : « les sondés ont estimé que 28% des plus hautes fonctions académiques au sein de l’Union Européenne étaient tenues par des femmes dans les matières scientifiques, quand elles ne représentent que 11% ». Paradoxalement, ces personnes souhaitent voir la situation évoluer plus rapidement.

 

« Il est temps de faire bouger les lignes » : les ambitions de la Fondation L’Oréal

Devant le constat de l’enquête et pour lutter plus activement contre les préjugés qu’elle soulève, la Fondation L’Oréal a lancé en septembre dernier une campagne digitale dont le but est de partager les résultats et d’engager la communauté civile dans la lutte contre des a priori tenaces. Elle souhaite aller plus loin et faire bouger les lignes . Avec le programme For Women In Science, la Fondation veut s’attaquer à ce « plafond de verre » et à son corollaire : le manque de modèles féminins dans la science.

 

FWIS : donner une tribune à l’excellence scientifique au féminin

 

Faire émerger une nouvelle génération de modèles

Pour augmenter le nombre de femmes dans les plus hauts niveaux scientifiques, il faut donc augmenter la visibilité de celles qui s’y trouvent déjà. « Lorsque l’on parle de femmes scientifiques, Marie Curie est souvent le seul exemple cité par le grand public. Nous voulons apporter une nouvelle génération de modèles. « Beaucoup de femmes scientifiques peuvent prétendre à ce statut ». La liste de David Macdonald est longue. Parmi elles, notamment, un prix Nobel : Elizabeth Blackburn, lauréate du prix For Women In Science en 2008, qui est présidente du jury FWIS cette année, et dont la découverte de « la télomérase » a été d’une grande importance pour la compréhension des mécanismes de développement des cancers et de la mort cellulaire.

L’urgence est de donner de la visibilité à ces femmes scientifiques extraordinaires, qui ont le pouvoir de changer le monde : « Notre mission est de développer leur médiatisation pour qu’elles racontent leur histoire, qu’elles partagent leurs découvertes au sein de la communauté scientifique mais aussi auprès du grand public, à la radio, à la télévision, et sur les réseaux sociaux ! ».

Un programme global ciblant l’excellence

Les candidates, avant d’être des femmes, sont sélectionnées sur un critère d’excellence scientifique et nominées par des experts internationaux. Un jury scientifique composé de 12 personnes se réunit ensuite pour décerner un prix par continent. « Il était important de remettre 5 prix car les conditions de recherche et les enjeux diffèrent énormément d’un continent à l’autre ».

Pour développer le programme For Women in Science dans les différentes régions du monde, la Fondation s’associe dès le départ à L’UNESCO, qui lui apporte son soutien et son réseau international étendu. « Le programme couvre désormais 120 pays », un fort déploiement soutenu par Jean-Paul Agon, Président directeur général de L’Oréal et Président de la Fondation et Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO. Le programme s’appuie également sur 45 des meilleures institutions scientifiques du monde et le prix est remis lors d’une cérémonie à la Sorbonne : prix « Science de la vie » ou « Prix Science de la Matière », alternativement. En 2016, ce sont les sciences de la vie qui seront à l’honneur lors de la cérémonie qui se tiendra le soir du 24 mars.

 

L’édition 2016 : défis sociaux et mobilisation générale

 

L’édition 2016 : de l’utilité sociale de la science

Quand on l’interroge sur les lauréates qui seront primées cette année, David Macdonald est dithyrambique : « un panel incroyable ». Les lauréates de 2016 rivalisent d’excellence et suivent un fil rouge : l’impact social de leurs recherches.

L’une des plus grandes découvertes primées est sans doute celle que se partagent les lauréates Amérique du Nord et Europe, la française Emmanuelle Charpentier et l’américaine Jennifer Doudna.

« Elles ont mis à jour un mécanisme moléculaire qui permet de « réécrire » le génome », en découpant l’ADN défectueux pour le remplacer et, pour la première fois de manière très agile et peu coûteuse, ouvrant ainsi des possibilités de traitements inédits pour les maladies génétiques.

 

Mobiliser le grand public

 

« Nous cherchons à aller plus loin chaque année dans la visibilité donnée à nos lauréates en utilisant tous les moyens médiatiques et numériques à notre disposition ». Cette année, un camion satellite permettra notamment de réaliser des entretiens et de diffuser une série en partenariat avec CNN pour un rayonnement international : « chaque jour nous y raconterons les grands moments du programme ». La campagne digitale aura quant à elle pour but de sensibiliser le grand public aux enjeux de For Women in Science et au rôle de l’excellence scientifique des femmes. Pour cette édition, à l’issue de la cérémonie de remise des prix du 24 mars, le grand public sera invité à s’engager pour la cause des femmes de sciences.

En effet, la Fondation projette d’apporter la preuve d’une volonté de changement de l’opinion, à l’occasion de la 9ème conférence sur l’Egalité dans les Sciences, en septembre prochain à Paris.

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