Transformation

La mise en œuvre de la politique éthique de L’Oréal : l’exemple de l’Italie.


RSE
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Valentina Ranno est la correspondante éthique de L’Oréal en Italie. Ses actions pour favoriser un climat de confiance afin que ses collaborateurs puissent s’exprimer librement, dans un pays où la culture de l’« open talk » en entreprise rattrape son retard.

Gouvernement, société civile & consommateurs : des Italiens de plus en plus concernés par l’éthique

Quand on lui demande quel est le sujet numéro 1 en matière d’éthique en Italie, Valentina répond la corruption, mal diffus historiquement dans tous les pans de la société italienne. « Si ce n’est malheureusement pas un cliché, les choses sont cependant en train de changer depuis quelques années, avec un gouvernement qui semble prendre ce problème à bras le corps » explique-t-elle. Pour preuve, elle cite une loi votée il y a deux ans qui considère enfin la corruption entre deux personnes physiques comme un crime. Côté entreprises, la jeune femme évoque la loi 231 de compliance qui les oblige à mettre en place des tests pour prévenir d’éventuels crimes de sécurité, de lobbying ou encore de pots de vin. « Cette loi date de 2001 mais elle n’a véritablement été mise en œuvre qu’en 2006 chez L’Oréal. Son application marque un tournant majeur pour notre pays ». Depuis la loi 231, les entreprises sont en effet dans l’obligation de mettre en place un code éthique contraignant, au risque de sanctions très lourdes qui peuvent aller jusqu’à la cessation d’activité.

Cette préoccupation renouvelée du gouvernement est globalement partagée par une société civile de plus en plus engagée avec, en premiers soutien, les jeunes. « Les nouvelles générations sont très attentives à l’éthique ». Pour preuve, Valentina raconte que des universitaires sont récemment venus l’interroger sur la stratégie RSE de L’Oréal pour leur mémoire de fin d’étude. Les consommateurs, de leurs côtés, apportent une grande attention aux critères de développement durable des produits, dont le recyclage des matériaux. « A ce titre, l’autorité de concurrence italienne nous a récemment demandé de justifier nos « green claim » à titre d’exemple, ce que nous avons fait ». Mais beaucoup reste encore à faire dans un pays où « l’on n’avait jusque-là pas l’habitude de parler des questions éthiques en public, et encore moins en entreprise ».

L’éthique autour d’une tasse de café, la méthode L’Oréal

A la tête du Comité Ethique de L’Oréal Italie, le principal défi pour Valentina est donc de favoriser la communication et « l’open talk » dans un pays connu pour son mutisme en matière éthique. Pour ce faire, rien de mieux qu’un bon café. Deux fois par an, des « Ethics Cafés » réunissent ainsi les collaborateurs de L’Oréal Italie pour échanger sur toutes leurs préoccupations du moment. « Nous avons fait notre dernier évènement à l’usine de Settimo Torinese « Saipo Industriale » connue pour ses innovations pour réduire l’émission des gaz à effets de serre (objectif atteint de zéro émission carbone), et tous les ouvriers ont été invités à débattre ». Des événements parrainés par des personnalités iconiques comme le cycliste Francesco Moser connu mondialement pour ses valeurs de courage, de persévérance dans un milieu sportif en proie aux scandales de dopage, ou le criminologue italien Guido Travaini qui a pu faire des analogies entre la loi du silence en entreprise et dans la mafia. Autres grands défis de Valentina, favoriser la méritocratie dans un pays un peu en retard sur ces sujets, et établir systématiquement des procédures écrites, notamment sur les fiches de postes et les responsabilités de chacun.

Le pouvoir de l’action collaborative

Pour élaborer ses actions en faveur de l’éthique, Valentina n’est pas seule. « Nous travaillons en étroite collaboration avec l’équipe d’Emmanuel Lulin au siège de L’Oréal, notamment sur toutes les questions délicates liées à des problèmes de corruption, de violation des droits humains ou autres sujets qui ne seraient pas en ligne avec les engagements forts de l’entreprise ». Elle doit également envoyer au Groupe des reportings annuels afin de présenter les résultats : nombre de cas problématiques, processus mis en place, solutions envisagées, mesures prises etc.

Parce qu’on est plus fort ensemble, L’Oréal Italie participe aux grands rendez-vous internationaux mis en place par le Groupe. D’abord, à travers des trainings de trois jours qui réunissent annuellement les correspondants éthiques de chaque pays pour faire un point sur les avancées de chacun, comparer les méthodes et les résultats obtenus. Ensuite, à travers les Ethics Days, jours pendant lesquels les collaborateurs peuvent poser toutes leurs questions à la direction du Groupe. « Parfois, des questions difficiles ressortent, comme par exemple lors de la fermeture de notre siège de Turin. Nous ne nous cachons pas derrière nos écrans et tachons de répondre à tout le monde, avec sincérité et transparence ».

Le mot de la fin ?

« Créer un climat de confiance dans lequel chacun se sent libre de s’exprimer sur ses préoccupations en matière éthique, voilà ma mission. Quand je vois que lors des premiers Ethics Days, je recevais à peine deux personnes dans mon bureau et qu’aujourd’hui elles se comptent par dizaine, je me dis que nous sommes sur le bon chemin ! »

 

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