Stratégie

La mission Share & Care : une protection sociale, 68 pays, deux ans Interview de Françoise Schoenberger


Capital humain
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Entretien avec Françoise Schoenberger, Social Relations Director chez L’Oréal en charge de Share & Care. Elle nous raconte les trois étapes de cet ambitieux programme, et la stratégie de L’Oréal pour l’appliquer dans les 68 pays dans lesquels le Groupe est présent.

« La préparation a été l’étape la plus importante de ce projet aux dimensions mondiales. »

Pour Françoise, c’est l’étape clé. Par son ampleur, le projet Share & Care  a nécessité une longue préparation en amont. De début 2012 à l’automne 2013, durant près d’un an et demi, Françoise et une dizaine de collaborateurs travaillent sans relâche. Le principal défi ? Arriver avec un plan de mise en œuvre complet, tenant compte des spécificités nationales.

Comment anticiper les difficultés d’application d’un programme de sécurité sociale à l’échelle mondiale ? En associant les différents départements des Ressources Humaines des pays concernés. Pour Françoise et son équipe, cela commence par l’envoi d’un questionnaire comportant 106 points techniques aux départements RH nationaux. Elle peut ainsi appréhender les principaux enjeux locaux, et adapter sa stratégie. Sa deuxième action est  l’organisation de deux ateliers de travail par pays pour mieux comprendre les attentes et les souhaits de chacun. Enfin, sur les 68 pays, 18 – choisis dans différentes zones géographiques – servent de « pilotes » en se prêtant à une étude encore plus approfondie.

Pendant tout ce travail d’élaboration – et plus tard dans la phase d’application – Françoise n’est pas seule. Son équipe et elle sont accompagnées d’un Advisory Board constitué de fonctionnaires de l’Organisation Internationale du Travail et de spécialistes de la question sociale. Regroupés par zones géographiques, ces derniers sont d’une aide précieuse dans la compréhension des enjeux locaux, qu’ils soient culturels, religieux ou politiques.

Après un an et demi d’élaboration collective, le programme Share & Care voit le jour.  Son leitmotiv : offrir aux collaborateurs de L’Oréal du monde entier une protection sociale digne de ce nom. Un programme reposant sur quatre piliers : protection sociale, santé, parentalité et qualité de vie. « A chaque pilier, son objectif à atteindre. Pour la parentalité, notre ambition est de faire passer le congé maternité à 14 semaines, et ce pour toutes les femmes du Groupe. Concernant la santé, il s’agit d’assurer un système de remboursement de 75% des frais médicaux sur les quatre maladies les plus sérieuses. » Si tous les pays ne partent pas du même niveau, ils ont cependant tous deux ans pour répondre à ce socle commun d’objectifs.

« S’il s’agit d’un programme mondial, il doit avant tout répondre aux besoins locaux »

Après cette intense préparation vient le temps du lancement. « Nous avons opté pour un lancement synchronisé et une mise en œuvre très courte de deux ans par souci d’efficacité ». L’idée est de concentrer les forces et les efforts sur un temps restreint pour engager les parties prenantes et être plus efficients. C’est là qu’intervient la direction. « Le soutien de notre Directeur Général, Jean-Paul Agon, a été crucial. Il est un véritable ambassadeur de la communication de Share & Care ». Par son « universalité respectueuse des particularités culturelles locales », le programme Share & Care s’ancre dans la vision du Groupe, qui, depuis ses débuts, cherche à adapter ses produits mondialement distribués aux enjeux culturels locaux.

Pour répondre à ces spécificités locales et permettre à tous les participants de remplir leurs objectifs, le programme Share & Care se veut avant tout collaboratif. Consultés et impliqués dès la phase d’élaboration, les pays deviennent des laboratoires d’innovation post-lancement. Afin de les aider dans la mise en œuvre du programme, la direction leur met à disposition une plateforme intranet avec un guide pratique (le « country implementation »), une Foire Aux Questions, et un document Best Practice réunissant les meilleures idées. Pour des raisons organisationnelles, Françoise désigne également au sein de son équipe un responsable par zone géographique où L’Oréal est implanté (Asie du Sud-Est, Amérique Latine, Europe etc.).

« S’il s’agit d’un programme mondial avec des objectifs globaux (must-have ou « socle commun » défini plus haut), il doit avant tout répondre aux besoins locaux » affirme Françoise. A ces must-have s’ajoutent donc des nice-to-have, aspirations spécifiques aux différentes cultures. Et à chaque pays sa priorité. Parmi les nombreuses mesures prises aux quatre coins du monde, on retrouve un medical check-up pour les enfants des salariés au Pérou, une salle maternité à Dubaï ou encore un allongement du congé paternité au Brésil et aux Etats-Unis. « L’universalité des problématiques de santé et la mise en œuvre collective du programme nous ont permis d’embarquer tout le monde sans trop de difficultés juridiques ou de blocages culturels » continue-t-elle. A la vue des premiers résultats, cette stratégie semble porter ses fruits.

« L’évaluation se fait à l’échelle des pays. Nous sommes là pour les accompagner, pas pour les commander. »

Le programme ne se terminera qu’à la fin de l’année 2015, mais les résultats sont déjà là. Pour la troisième étape, celle de l’évaluation, Françoise souhaite poursuivre la méthode collaborative. « L’évaluation se fait annuellement, par les pays eux-mêmes. C’est un point très important : nous sommes là pour les accompagner dans le changement, et non pour les commander ». Une grille de questions est envoyée aux départements RH nationaux, les aidant à se situer dans la réalisation de leurs objectifs. Les informations étant ouvertes, chaque pays a la possibilité de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. En complément, une équipe d’audit interne du siège analyse les résultats globaux et fait ses recommandations.

Quelques chiffres ? « En termes de santé, nous sommes passés de 26 à 58 pays couverts. Côté prévoyance, sur seulement 7 au départ, nous sommes arrivés en moins de deux à ans à en assurer 49 » assure Françoise. Un audit final viendra confirmer à la rentrée que les objectifs ont bien été tenus à 100 % dans l’ensemble des pays concernés.

Par son ampleur et son impact macro-économique, le projet a attiré l’attention de l’Organisation Internationale du Travail, qui a décidé d’inclure l’Oréal dans son projet de socle mondial de protection sociale, aux côtés d’autres multinationales pionnières comme Sodexo, Total ou Danone (avec lesquelles le Groupe échange déjà régulièrement). Celui-ci sera lancé à Genève en octobre 2015. Un véritable projet d’intelligence économique, donc.

Et après ?

« Nous restons concentrés sur notre mission : mettre toutes les filiales de L’Oréal au même niveau d’ici fin 2015. Mais oui, nous pensons déjà à la suite ! », conclut Françoise. Une piste envisagée ? Les aspirations des nouvelles générations – les fameux « Y » – sur la qualité de vie au travail. Affaire à suivre…

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