Décryptage

L’artisanat ou comment devenir le Chef de sa propre vie


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Chef doublement étoilé, juré pendant cinq ans de l’émission Top Chef, Thierry Marx propose aussi des formations courtes, gratuites et qualifiantes aux métiers de cuisinier. Entre deux services, il nous livre sa recette pour aider les personnes en difficulté à retrouver le chemin de l’emploi.   

Cuisine mode d’emploi(s) : un rêve pour mijoter son destin

 

Thierry Marx n’est pas seulement un chef étoilé renommé. C’est aussi un cuisinier engagé.  Avec Cuisine mode d’emploi(s) fondé en 2013, le maître queux du « Mandarin Oriental, Paris » forme chaque année quelques centaines de personnes en situation de précarité – décrocheurs, anciens détenus, jeunes en échec scolaire – aux métiers de la table. L’idée ? « Les aider à renouer avec l’emploi en leur apportant une base éducationnelle choisie et un réseau solide, deux choses dont la plupart manquent cruellement ». Originaire de Ménilmontant et familier des quartiers dits « politiques » de la ville, l’ancien casque bleu parle d’expérience et n’a pas oublié qu’en matière d’intégration, beaucoup reste à faire en France. « Difficile de motiver des personnes ayant été dans le silo de la précarité pendant trois ans en leur proposant de travailler dans une usine… ou même dans un bureau ! Elles ont besoin d’un déclic, de quelque chose qui les fasse rêver ! »
Cuisine mode d’emploi(s) répond à cette volonté d’aider les jeunes à trouver leur voie, comme lui quarante ans plus tôt. Avec vingt sessions de douze semaines par an, Thierry Marx et son équipe proposent des formations accélérées au métier de marmiton. « En douze semaines, nous leur enseignons l’essentiel : les gestes incontournables, les quatre grands stades de cuisson – des œufs, des poissons – et les trois clefs du métier : la maîtrise du geste, du feu et du temps ». Résultat ? « En quelques semaines nos élèves sont employables et 94% d’entre eux sont embauchés dans les deux mois ».

Concrets et motivants, les métiers de l’artisanat offrent plus de sens

 

La recette de ce succès repose sur un ingrédient secret, et pourtant évident : un projet concret et motivant. « Si on parle travail, on ne motive pas. Tout le monde aujourd’hui veut être le chef de sa propre vie ».
Dans ce contexte, la cuisine, à l’instar de la plupart des métiers de l’artisanat – menuiserie, ébénisterie, joaillerie – correspond mieux à leurs attentes. « Ces métiers leur donnent deux bonnes raisons de se lever le matin : plus de sens et plus d’immédiateté ». Ce ne sont pas tant des exigences spécifiques aux personnes en situation précaire que des attentes de plus en plus revendiquées par les jeunes générations. En se formant aux métiers de la cuisine, les élèves ont très vite la possibilité de monter leur propre affaire et d’être indépendant. « Le succès de Cuisine mode d’emploi(s), par exemple, s’explique en partie par les résultats rapides que nous promettons : la plupart de nos élèves peuvent espérer lancer leur restaurant en moins d’un an. C’est rassurant, surtout pour les anciens détenus et les personnes en reconversion qui veulent s’en sortir rapidement ». Cette notion d’immédiateté et cet aspect concret se retrouvent jusque dans l’apprentissage du métier : « le fait de commencer par la pratique est très motivant. En rentrant directement dans l’opérationnel, on prend rapidement conscience de ses lacunes, des difficultés à surmonter mais aussi de la distance parcourue ».
Enfin, la dimension émotionnelle inhérente à l’artisanat joue dans l’attrait qu’il exerce sur les personnes marginalisées. « Qui dit artisanat dit intégration sociale. En travaillant dans une cuisine ou dans un atelier, ils sont amenés à rencontrer des gens, à tisser des liens. Ils seront aussi en mesure d’exprimer leur personnalité et leur créativité ».

RER : rigueur, engagement, régularité

 

Si ces métiers de l’artisanat font rêver, ils sont aussi exigeants. Les formations de Thierry Marx s’appuient sur un cadre éducationnel précis : « le principe du RER : rigueur, engagement, régularité. Ces trois qualités sont indispensables pour réussir ».
La rigueur et la régularité exigées vont de pair et s’apparentent au shitsuke japonais : « l’élève doit suivre et progresser constamment. Chez Cuisine mode d’emploi(s), nos formations sont gratuites mais nous exigeons de l’élève qu’il soit présent tous les jours à 6h du matin. Aucune absence ni aucun retard ne sont tolérés durant les douze semaines de formation ». L’engagement occupe une place toute aussi primordiale dans la réussite de l’élève. « C’est une véritable posture du corps et de l’esprit que nous exigeons : quel que soit le parcours, il faut lâcher le passé, laisser ses erreurs et regarder droit devant soi ». Cette capacité à se projeter est aux yeux du chef une condition sine qua non pour y arriver dans ces métiers. « Lors des entretiens nous leur posons systématiquement la question d’où ils se voient dans cinq, dix, quinze ans. Cela donne une très bonne idée de la motivation et du potentiel de l’élève ».

Et Thierry Marx de conclure : « que l’on soit un jeune en difficulté ou non, que l’on vienne du 16ème arrondissement ou de Ménilmontant, oser rêver est indispensable pour mettre du sel dans sa vie ».

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