Décryptage

Les engagements carbone des entreprises, avec ou sans COP21


RSE
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A l’approche de la COP 21, Cécile Ostria semble mitigée. Celle à qui Nicolas Hulot a confié la direction de sa Fondation sait qu’il en faudra plus pour limiter le réchauffement à 2°C. Elle s’ouvre sur la place que devraient à ses yeux prendre les grandes entreprises dans la réduction des émissions de carbone.

Compenser n’est pas assez

Cécile Ostria est claire sur ce point : les entreprises doivent être plus ambitieuses dans la réduction de leurs émissions de CO2. Les techniques de compensation ou d’achats carbone sont, pour elle, insuffisantes : « les entreprises calculent leurs émissions, baissent ce qu’elles peuvent et pour les émissions incompressibles, compensent en investissant dans des actions comme la plantation de mangroves, qui n’ont aucun rapport avec leur activité ».

Ce qu’elle aimerait voir, c’est une « transformation de l’activité à la racine ». Le programme de sourcing durable de L’Oréal va selon elle dans ce sens. Pour elle, l’engagement in setting, c’est-à-dire la réduction et captation des émissions sur les zones mêmes d’exploitation, est plus intéressant et plus concret que la compensation. Mais les entreprises peuvent, selon elle, aller encore plus loin en créant un impact positif à leurs activités. « C’est à dire en recréant de la richesse comme, par exemple, retrouver une fertilité naturelle des sols, etc. ».

Ce projet « gagnant – gagnant » est bénéfique pour la population locale des zones de production dont les conditions de vie sont améliorées et pour l’entreprise qui diminue son impact carbone.

Bien sûr, Cécile Ostria sait que ces projets s’envisagent sur le long terme, elle qui a travaillé avec Rachel Barré, Responsable du sourcing durable chez L’Oréal, à dresser les profils sourcing de chaque matériau naturel utilisé par le Groupe. C’était la première étape pour mettre en place un sourcing responsable. Cela a par exemple abouti au Burkina Faso au programme « foyers améliorés », qui facilite l’accès pour les femmes productrices de karité à des foyers de combustion moins consommateurs de bois. Ce projet permet de lutter contre la désertification de la région, même si Cécile Ostria précise qu’il faut encore chercher à réduire l’impact de ces foyers sur la déforestation. « Il faut être ambitieux et miser sur les projets de longue haleine ».

Un marché carbone pour les entreprises

Mais les entreprises ne doivent pas faire cavalier seul pour la Directrice Générale de la Fondation. Si elle aimerait les voir à la table des négociations avec les Etats, elle sait que les accords auxquels aboutit la COP 21 ne sont pas contraignants. Cécile Ostria cherche plutôt à renforcer le cadre législatif et réglementaire qui encadre l’activité des entreprises en matière de RSE: « Les entreprises existent à l’intérieur d’un pays ». C’est pour cela que la Fondation challenge autant les entreprises que les Etats.

« Un marché carbone mondial n’existe pas encore». C’est sur cet aspect réglementaire précis que Cécile Ostria insiste le plus. Pas de marché carbone, pas de prix du carbone.  Or les entreprises ont besoin d’un prix pour pouvoir envisager les projets d’innovation comme des investissements et connaitre le coût de leurs émissions. « Le prix peut varier mais il faudrait établir un prix plancher ». En la matière, plusieurs mécanismes s’emboitent, notamment à l’échelle européenne, mais les émissions indirectes ne sont pas prises en compte et le risque de concurrence internationale entre pays plus ou moins « contraignants » rend la généralisation d’un tel système illusoire. Illusoire si l’on compte sur une entente unanime des Etats. Mais Cécile Ostria a une autre idée : « Il faut des leaders qui ont un pouvoir d’entraînement ». Des leaders politiques pour fixer des règles en matière de carbone –Cécile Ostria trouve l’instauration d’une taxe carbone par le Président français encourageante-, et des leaders industriels pour les y encourager et surtout, les appliquer.

« Nous avons de petites épaules par rapport aux multinationales, c’est elles qui doivent insuffler le changement ».

Blogueurs et influenceurs pour porter la bonne parole

Les leaders ont un rôle d’entraînement fondamental pour Cécile Ostria. Il ne suffit pas de s’engager, encore faut-il le faire savoir. « L’obstacle majeur est la peur qu’ont les entreprises d’entrer dans une transition, de changer de modèle. Les Groupes doivent montrer la voie et faire de la pédagogie auprès de leurs pairs, promouvoir leurs démarches ».

Cet enjeu de diffusion est crucial pour la COP 21. « Les jeux sont faits », selon Cécile Ostria qui n’attend pas de « Grand Soir », « Il s’agit désormais d’informer à l’extérieur de la COP pour porter les sujets jusqu’aux citoyens ». Et les nouvelles technologies de communications ont élargi les terrains sur lesquels ces messages sont relayés : « Nous avons réalisé que les grandes messes internationales ne sont pas suivies par le public. Il faut utiliser de nouveaux relais, comme les blogueurs et les influenceurs de notre réseau » précise-t-elle avant de nous donner rendez-vous le 7 octobre, à leurs côtés, pour « l’Appel à la mobilisation » de Nicolas Hulot.

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