Décryptage

L’éthique, levier de création de valeur pour les entreprises


RSE
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Philippa Foster Back est Directrice de l’Institute of Business Ethics (IBE) et décorée de l’Ordre de l’Empire britannique. Son rôle ? Faire entendre la voix de l’éthique d’entreprise et ses impacts en termes de création de valeur.

Le développement de l’éthique dans les affaires

Quand on lui demande quel est le principal défi de son Institut depuis ses débuts en 1986, Philippa Foster Back répond « se faire entendre ». Et pour faire passer le message de l’éthique dans les affaires, la clé est de se mettre dans la peau des dirigeants. « Les entreprises veulent savoir la valeur ajoutée d’une politique éthique avant d’en établir les lignes directrices ».

Si certaines entreprises ont accompagné l’Institut dès ses débuts et aidé à le faire connaître, d’autres ont été embarquées plus tardivement, conscientes de l’importance grandissante des questions éthiques dans leurs enjeux business. A la city de Londres où siège l’Institut, un élément déclencheur a été l’apparition du trading électronique qui a remplacé les marchés physiques traditionnels. « Les entreprises étaient habituées aux relations commerciales de confiance, « d’homme à homme ». Avec la dématérialisation des transactions, elles ont souhaité s’assurer qu’elles n’avaient pas oublié de faire du business « in the right way ». Dans cette prise en compte progressive des questions éthiques, Philippa Foster Back note une différence importante qui existait entre l’Europe et les Etats-Unis. « Historiquement, les valeurs morales ont façonné les lois européennes tandis qu’aux Etats-Unis, la loi était un cadre permettant l’émergence de politiques « éthiques » ». Cela étant, elle constate que les compagnies américaines placent de plus en plus les valeurs éthiques au cœur de leur business model. « Les choses évoluent très favorablement Outre-Atlantique ».

Une prise de conscience qui vient des entreprises, mais aussi d’acteurs externes. En premier lieu, de la société civile. « Avec les réseaux sociaux, celle-ci a beaucoup plus de poids qu’avant dans le débat public ». A la suite de la crise financière de 2008, les gouvernements, qui ont dû sauver les banques de la faillite, sont également beaucoup plus investis. « Même les investisseurs traditionnels sont plus engagés, reconnaissant les impacts d’un scandale éthique en termes d’image de marque et sur les cours des actions ».

Le déploiement d’une politique éthique

Selon Philippa Foster Back, trois conditions sont nécessaires pour déployer une politique éthique. D’abord, définir les valeurs de l’entreprise afin de pouvoir expliquer clairement sa vision aux employés et aux actionnaires. « A ce titre, nous avons élaboré un cadre précis pour aider les entreprises à adapter les standards éthiques à leur ADN ». Ensuite, créer un code, une sorte de «  guide » pratique que chacun peut suivre dans son travail au jour le jour. Enfin – et le plus challengeant : trouver le moyen d’engager chaque employé.

Sur ce dernier point, trois mesures s’imposent. « Pour diffuser sa culture éthique en interne, il faut d’abord encourager le personnel à communiquer ». Philippa Foster Back évoque les « Ethics Days » de L’Oréal qui permettent à chaque employé, à travers un chat en ligne, de poser toutes leurs questions à la direction du Groupe : « un parfait exemple de communication participative ». Les trainings en groupes sont aussi un bon moyen de fédérer les troupes de façon ludique et collaborative. Il ne faut pas nous plus oublier de fournir les outils appropriés afin d’aider les équipes à évaluer les résultats des actions mises en place : reportings, logiciels d’analyses statistiques etc. « Pour cela, il est nécessaire de réfléchir aux indicateurs pertinents comme la satisfaction des employés, le turnover ou les plaintes des consommateurs auprès du service clients, et de les analyser de manière globale et pas simplement par silo ». 

L’éthique, source d’innovation et de différentiation

L’éthique permet d’attirer et de retenir des talents qui vont encourager l’innovation. « Il ne faut pas la voir comme seulement un sujet de réputation, mais bien comme un sujet business et RH pour limiter au maximum les mauvais comportements en interne et encourager au contraire la prise d’initiatives. Si les collaborateurs sont encouragés à faire le bien, ils vont naturellement chercher à être innovants dans leur métier ». Une bonne politique éthique permet aussi d’éviter les sujets de stress qui peuvent conduire à des problèmes de santé ou à des vagues de démissions.

Mais l’éthique permet aussi de se différentier auprès des différentes parties prenantes. Auprès des consommateurs, en leur délivrant la meilleure qualité de services ou de produits. Auprès des fournisseurs et des partenaires pour lesquels la confiance est clé. « Autant d’efforts qui peuvent être reconnus officiellement grâce à la charte de l’Institut « Investing in Integrity » ».

Une entreprise se différencie aussi par ses orientations business : « dois-je ou non aller dans tel ou tel pays sujet à la corruption ? Il faut alors assumer ses choix et reconnaitre que le jeu n’en vaut pas la chandelle en termes de réputation ». Sur ce point, les gouvernements ont plus que jamais un rôle à jouer pour encourager les entreprises à être plus éthiques, à travers des lois anti-corruption, une régulation des taxes etc.

Le mot de la fin ?

« Les changements de mentalité prennent du temps mais de manière générale l’éthique est de plus en plus considérée comme un pilier stratégique. J’ai confiance en la capacité des jeunes générations à prendre ce sujet à bras le corps dans les prochaines années ! »

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