Décryptage

Trois raisons pour un grand groupe de mesurer son impact environnemental, par le CEO de l’organisation mondiale CDP


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Paul Simpson dirige le CDP, une organisation internationale basée à Londres qui a un cheval de bataille : inciter les entreprises à rendre publiques leurs performances environnementales. Pour lui, communiquer sur son empreinte carbone n’est pas un risque industriel mais une nécessité. Voici pourquoi.

« Les reportings environnementaux sont une nouvelle exigence des parties prenantes des grands groupes »

A l’origine du CDP : des investisseurs désireux de connaître l’empreinte environnementale de leurs entreprises. Pour répondre à leur demande naît en 2002 le Carbon Disclosure Project, ou CDP, qui se concentre sur les émissions de CO2 des entreprises. Un premier pas pour les investisseurs qui, selon Paul Simpson, préfèrent « peu à pas d’information ». Signe de l’engouement grandissant pour les pratiques dites « responsables », le CDP réunit très vite 500 entreprises, parmi les plus puissantes du monde, et élargit ses activités à des programmes sur l’eau et les forêts pour permettre aux entreprises et investisseurs de prendre en compte plus de facteurs environnementaux. Aujourd’hui, près d’un millier d’investisseurs institutionnels se fient aux informations transmises par l’organisation chapeautée par Paul Simpson.

Pour satisfaire leurs investisseurs, les entreprises répercutent désormais la demande de reporting sur leurs partenaires. A l’instar de Walmart, qui a renforcé ses exigences vis-à-vis de ses fournisseurs, nombreux sont les groupes qui font de la transparence environnementale une condition sine qua non de partenariat. Le CDP a développé un programme « supply chain » qui aide les grands groupes à limiter les émissions de carbone et à réduire leur risque environnemental sur l’ensemble de leur chaîne de production, en y associant leurs fournisseurs.

Les reportings sont également un gage de bonne foi des leaders industriels vis-à-vis des Etats. Ces derniers exigent désormais des grands groupes qu’ils s’engagent sur le terrain du développement durable, en réduisant notamment leurs émissions de CO2. C’est l’objet de la Conférence de Paris sur le climat COP 21. Pour Paul Simpson, les deux parties doivent accepter leurs responsabilités respectives : « Nous avons besoin d’un partenariat public-privé ».

« Avant d’agir pour le climat, il faut connaître son empreinte environnementale »

Pour Paul Simpson, toute stratégie environnementale s’appuie d’abord sur un reporting, qui permet « d’évaluer son impact à un instant t, et de mesurer les progrès accomplis dans la longue aventure de la durabilité ». En travaillant avec le CDP, Walmart a ainsi réalisé que les émissions provenant des réfrigérateurs de ses supermarchés émettaient à eux seuls plus de CO2 que ses camions d’approvisionnement – et en a tiré les leçons.

S’enclenche alors le « cercle vertueux de la transparence » que loue Paul Simpson. En acceptant de communiquer sur leurs actions environnementales et sur leurs résultats, les entreprises nourrissent une « émulation bénéfique » qui crée plus d’attentes et pousse les leaders mondiaux à améliorer leurs performances énergétiques. Occuper la première place des classements environnementaux devient un nouveau challenge pour des groupes qui se veulent exemplaires.

« Le respect de l’environnement est devenu un signe de leadership »

Si le concept de leadership revient souvent dans les arguments de Paul Simpson, c’est parce qu’il sait que c’est l’objectif des grands groupes. Et pour lui, cela implique aujourd’hui de garantir aux consommateurs que leurs produits sont responsables.

« La chaîne d’influence d’entreprises comme L’Oréal ou Walmart est très étendue et doit permettre à ces groupes d’inciter les consommateurs à faire les bons choix ». Car, « si à la question « voulez-vous consommer plus durable ? » presque 90% des sondés répondent « oui », ils sont moins de 20% à souhaiter y mettre le prix aujourd’hui! ». Aux leaders de combiner ce désir de durabilité à des prix non prohibitifs.

Faisable ? Oui, pour Paul Simpson, qui cite l’exemple de Body Shop : « Bodyshop a réussi à élargir la base de ses clients tout en renforçant leur loyauté envers les produits responsables ». Inspirer et innover dans le durable : deux attributs indiscutables de leadership.

Et puis le vieux mythe, à la peau dure, qui consistait à opposer développement durable et développement économique s’effrite d’année en année. Paul Simpson le constate avec satisfaction : « les entreprises les mieux classées en matière de performance environnementale ont aussi de meilleurs résultats financiers ». Pour lui, l’explication est simple : « Les cinq dernières années ont vraiment vu s’opérer un changement de mentalité : les actions en faveur de l’environnement sont considérées comme une valeur supplémentaire pour l’entreprise ».

Il s’agit pour le dirigeant du CDP de découpler une bonne fois pour toute croissance économique et impact environnemental. Comme deux nécessités pour une entreprise qui ne s’affrontent pas mais se nourrissent pour créer de la valeur. « Les nouvelles technologies nous offrent la possibilité de produire en polluant moins. C’est un investissement à long terme qui réduit le risque pour l’entreprise et favorise une croissance future ». Il cite l’exemple de L’Oréal qui, entre 2005 et 2014, a réduit de 50% ses émissions de CO2 quand sa production en volume augmentait de 21%. « Pourquoi ne pas continuer ? ».

Paul Simpson n’en reste pas là : « il est de plus en plus risqué d’ignorer le reporting environnemental ». En plus des exigences des parties prenantes, le cadre législatif lui aussi évolue. Les grandes sociétés comme L’Oréal sont actives dans de nombreux pays formant un patchwork législatif. Elles doivent s’adapter aux règlementations locales, divergentes et mouvantes en matière de développement durable.

A la question « la transparence en matière de reporting environnemental devrait-elle être obligatoire ? », on le devine, Paul Simpson répond un « oui » sans appel. Sur ce point, l’Union Européenne fait figure de leader mondial avec une directive de 2015 qui impose à plus de 6 000 grandes sociétés européennes la publication d’un reporting sur leurs performances non financières. « L’Union Européenne démontre que cet enjeu est créateur de valeur pour les entreprises ». Le reporting et la transparence seront un point important des débats de la Conférence de Paris même si, comme l’explique Paul : « les règles à ce sujet sont encore majoritairement prises à l’échelon national ». Ce qui ne l’empêche pas de maintenir le cap : « il faut connecter les individus à la beauté de cette planète pour la préserver, parce que nous le valons bien ! ».

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