Transformation

Voyage au centre du cheveu. Les dessous de la recherche de L’Oréal.


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Les meilleures innovations prennent du temps. La preuve avec la technologie « sol-gel » récemment mise à profit par la recherche de L’Oréal. Derrière ce nom étrange se cache une innovation rupturiste pour les cheveux fins. Voici pourquoi.

Des silanes pour donner du corps aux cheveux

Valérie Jeanne-Rose est ingénieur chimiste au laboratoire de recherche avancée de L’Oréal, à Paris. Elle a rejoint le groupe en 1997 afin d’explorer les procédés des sol-gels (« solution-gélification »). « A l’époque, le groupe cherchait une solution novatrice pour traiter les cheveux fins, plus durable que les gels ou les laques, et avec un rendu plus naturel » explique-t-elle. Les procédés sol-gel sont une voie chimique qui permet de créer des  verres minéraux en passant d’une petite molécule élémentaire en solution à un gel solide vitreux. « Cette réaction a lieu dans la nature : dans certaines algues unicellulaires des fonds marins, dans certains végétaux comme l’ortie, le bambou…  etc. » Bien connue des industriels comme Saint-Gobain depuis 150 ans, elle est utilisée pour créer les oxydes de titane et  de silicium présents dans les revêtements transparents ou, plus récemment, dans les verres autonettoyants.

« Les silanes, des molécules fascinantes qui durcissent grâce à l’eau »

« La spécificité de ce procédé est qu’il s’agit de chimie douce, c’est-à-dire qu’il opère à température ambiante et son réactif essentiel est l’eau » continue Valérie. C’est ce qui a tout de suite attiré l’attention de la chimiste, qui y a vu une application potentielle sur les cheveux. Un travail de plusieurs années autour de la technologie sol-gel a permis d’identifier une famille particulière  de molécules: les silanes. Derrière ce nom se cachent des molécules fascinantes qui durcissent immédiatement grâce à l’eau. Une fois incorporées dans le cheveu, elles continuent à durcir. « Restait à trouver comment faire pour que ces molécules se fixent dans le cheveu. »

Le couple aminosilane/polyquaternium pour un effet durable

Valérie et les sol-gels, c’est l’histoire d’une passion. Au total, elle aura passé 15 ans à chercher comment utiliser les silanes dans le traitement des cheveux fins. « Sur les premiers essais,. Il fallait trouver le moyen de l’ancrer dans la fibre capillaire. Avec une épaisseur de cheveu de 60 microns, l’exercice était très exigeant. » Après des centaines de tests sur cheveux et beaucoup plus d’heures passées en laboratoire, la solution a été trouvée dans une famille de silanes, l’aminopropyltriethoxysilane, dont est issu l’aminosilane.

« Le polyquaternium se greffe sur les parois du cheveu »

Après avoir introduit l’aminosilane à l’intérieur du cheveu, il fallait ensuite ancrer à sa surface un polymère : le polyquaternium. Celui-ci se dépose sur le cheveu et l’aminosilane le retient de l’intérieur. « L’aminosilane agit un peu comme un squelette et un aimant. En présence d’eau, il se polymérise et fabrique un matériau qui se greffe dans le cheveu, retenant le polyquaternium en surface. » Une combinaison idéale qui apporte désormais une solution viable pour traiter les cheveux secs. « A juste dose, le couple aminosilane /polyquaternium permet un maintien de la chevelure de l’intérieur en restaurant un aspect  naturel ou sain. »

L’innovation capillaire

« Nous avons très vite validé en laboratoire l’effet bénéfique de cette association » continue Valérie. Résultat ? Le cheveu est en meilleur état, les frictions sont durablement réduites, le démêlage est plus facile et la résistance thermique est plus grande. « C’est l’innovation que nous attendions depuis longtemps. Non seulement l’aminosilane permet une meilleure tenue des cheveux fins, mais, combiné au polyquaternium, il offre une rémanence de l’effet soin du polymère, même après plusieurs shampoings. »

Tout au long du projet, les départements marketing et les laboratoires de recherche avancée de L’Oréal ont travaillé main dans la main à l’élaboration de la formule finale avec le dosage adéquat des deux éléments. La mise en formule, c’est à dire l’introduction dans les produits (crèmes, shampoings, sérums etc.), a ensuite été réalisée par les laboratoires de recherche appliquée qui, par jeux d’associations, ont développé des solutions qui s’adressent à tous types de cheveux, du cheveu un peu sec au cheveu très abimé. Après 15 années de recherches et 15 brevets déposés, c’est aujourd’hui la gamme Pro Fiber qui commercialise l’innovation de Valérie dans les salons de coiffure.

Le mot de la fin ?

« Travailler sur le cheveu est un exercice très stimulant qui enseigne patience et abnégation. Elaborer un produit qui marche bien et qui va aider des millions de femmes à se sentir mieux dans leur peau : voilà ma fierté. »

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